Re: L'immigration polonaise en France : (suite-1)
Posté par:
Bernard (IP Loggée)
Date: 08 décembre, 2007 15:35
Je lisais un article sur le sujet et je retrouve un article de Gérard que je salue au passage, sur le même sujet. En fait il a repris partiellement un article de Mr J.P. Palewski et Mr J. Duhamel. Complétons le.
La France "demande" :
au cours des quatre années de guerre, dix des départements francais les plus riches avaient été dévastés, l'industrie, l'agriculture étaient à reconstituer, partout des ruines à relever. Avec 1.500.000 morts (sans compter les blessés et invalides) et la nouvelle loi sur les huit heures de travail, la production française peinait. La France ne pouvait se suffire à elle-même : la France devait faire appel à l'étranger.
La Pologne "offre" :
la jeune république se débat dans une grave crise économique, elle paye le prix fort son indépendance : le territoire ravagé par les conflits, le chômage, une main-d’œuvre trop abondante pour une industrie naissante, un très fort accroissement de la population. La Pologne répondra à cet appel.
La mise en place : La Pologne était loin et les besoins pressants. Il ne suffisait pas de favoriser la venue en France d'ouvriers désireux de trouver du travail, il fallait organiser d'une manière complète leur émigration. Ce sera fait le 27 juillet 1920
En France et en Pologne :
Afin de ne pas renouveler les erreurs commises entre 1907 et 1914 (activités désordonnées et surtout douteuses des agences de recrutement), se mis en place une organisation de groupements d'employeurs qui, sous le contrôle des administrations francaises et polonaises, sera responsable de ce transfert de population d'un pays à l'autre.
Apres une courte période de négociations, le 3 septembre 1919, la France signait avec la Pologne une Convention d'Emigration et d'Immigration, qui ratifiée par les Parlements respectifs, entrait en vigueur le 27 juillet 1920
Cette Convention donnait aux Polonais toutes facilités pour s'établir en France, à condition cependant que leur introduction s'effectua sous le contrôle de l'Etat francais et de telle façon que leur venue ne puisse nuire aux intérêts légitimes des ouvriers francais. La Convention garantissait à l'ouvrier polonais un salaire et un traitement identiques à ceux de l'ouvrier francais. Elle organisait le recrutement collectif de travailleurs , en précisant que l'embauchage serait placé sous le contrôle de la Pologne, mais que le type de contrat serait défini par les deux pays.
Cette première Convention devait être complétée , le 14 octobre 1920 par une seconde relative à l'assistance et à la prévoyance sociales, ce qui donnait aux ouvriers polonais la même couverture médicale que celle dont bénéficiaient les ouvriers Français.
Début des transferts et encadrement des transferts :
- La Convention d'émigration devant recevoir rapidement un commencement d'exécution à la fin 1919, l'Administration française constitua en Pologne une mission chargée de procéder au recrutement et à la mise en route de volontaires à destination de la France. Si le nombre d'ouvriers qu'on réussit à embaucher fut assez important, par contre, leur qualité professionnelle et même physique laissait souvent à désirer.
En 1921, la Confédération Agricole des Régions Dévastées ( exode des paysans vers les villes existant déjà avant guerre ajouté aux pertes dues aux combats) et le Comité Central des Houillères de France ( la France en pénurie de charbon devait rapidement reconstituer l'industrie d'extraction détruite) envoyèrent en Pologne des agents qui, agissant sous le contrôle de la Mission, furent chargés de sélectionner du point de vue professionnel les travailleurs destinés à l'agriculture et aux houillères.
Au cours des années 1920 et 1921, près de 20.000 ouvriers furent acheminés vers la France : le mouvement d'émigration polonaise était amorcé, mais largement insuffisant pour que la France retrouve sa production d'avant guerre. Le Comité Central des Houillères de France , pour intensifier le recrutement estima nécessaire de ne plus se cantonner dans la seule sélection professionnelle, mais de prendre en main le transport et l'hébergement des ouvriers ( La Confédération Agricole lui confia, peu de temps après, le soin d'assurer aussi pour son compte ces deux opérations)
La substitution de l'initiative privée à l'Administration apporta plus de souplesse dans les complexes opérations d'immigration massive : en 1922 : 22.000; en 1923 : 52.000.
La "demande" française , dans tous les domaines économiques, se faisant de plus en plus pressante, la création d'un organisme unique et puissant devenait indispensable. Sous l'égide des deux premières organisations et d'importants groupements professionnels, fut fondée en 1924 la Société Générale d'Immigration qui prit à son compte les installations du Comité des Houillères en Pologne et continua l'œuvre commencée : en 1924, 1925 et 1926 : 113.000 polonais arrivèrent en France.
En 1927, la crise économique sévissant en France, le mouvement se réduisit : 9000 personnes, mais reprit en 1928. Cette continuité de l'immigration est également due au caractère saisonnier de besoins en main d'œuvre dans certains domaines économiques : un flux et un reflux entre les deux pays
Entre 1919 et 1927 : 350.000 immigrants s'installeront en France :
- 135.000 femmes et enfants
- 215.000 ouvriers :
dont : 98.000 travailleurs pour les houillères
19.000 travailleurs pour les mines de fer
28.000 travailleurs pour les autres industries
70.000 travailleurs pour l'agriculture
Pour compléter par des extraits d'un article de Janine Ponty (Kaléidoscope Franco - Polonais), notons que la crise économique des années 30 fait monter d'un cran l'hostilité envers les immigrés de toutes origines. En août 1932, une loi de protection de la main-d’œuvre nationale limite métier par métier, région par région, le pourcentage des étrangers. Pire, en 1934, 1935, les compagnies houillères organisent des rapatriements collectifs de mineurs polonais en surnombre, accompagnés de leur famille, avec un maximum autorisé de trente kg de bagages par personne : " tout un peuple enfoncé dans les mauvais songes et qui regagnait sa misère", note Antoine St Exupéry (terre des hommes).
Nous sommes gouvernés par la gauche, dite gauche de 1936, il faut le noter à cette date. D'ailleurs de 1900 à 2000 la gauche a gouverné 80% du temps, c'est facile à calculer.
La tension s'accroît au cours des mois, qui précédent 1939. L'opinion française, peu encline à " mourir pour Dantzig" reproche aux " polaks" de les entraîner dans le conflit (c'est le langage de la gauche socialo-communiste qui allait envoyer la France au massacre et veut nous donner des leçons en ce moment).
Pour l'émigration de 1830, tel qu'en parle Gérard, cette dite émigration " intellectuelle ", il faut l'accompagner de chiffres. Il y a eu 5.000 polonais d'accueillis en France de 1830 à 1848 (avec le soutient de La Fayette), dans divers départements, dont ceux de l'Est,....Aucune étude n'a été faite, et ce n'est n'est pas qu'une émigration intellectuelle, il y eu aussi beaucoup de bas officiers, des soldats,....La liste de ses émigrés est aux Archives Nationales (dépôt fait par le ministère de l'intérieur). Qui aura le courage un jour de publier la liste complète.